L'art de se faire des ennemis - page 52

il ne reste en effet plus rien. Entre la vie de couple et la
télévision, il y a un choix incontournable. La télévision est
sans nul doute la principale responsable de
la crise du couple, caractéristique de la « civilisation
médiatique ». Regarder Mireille Dumas n’arrange pas les
choses. Au contraire, ça les aggrave.
Abandonner définitivement l’idée de reconstituer le
couple de vos parents.
Pendant environ trois millions d’années (c’est-à-dire en
gros depuis la Vallée de l’Omo, dans le sud de l’Éthiopie,
jusqu’en 1973) ce qui a prédominé dans le couple était
essentiellement le côté fonctionnel. Les fonctions écono-
miques et biologiques, voire sociologiques fondaient
littéralement le couple, ce qui imposait le principe du
mariage de raison pour des histoires sordides d’héritage
ou de cohésion sociale. Nos ancêtres n’avaient pas le
choix.
Nous voici aujourd’hui dans un temps d’hyperchoix,
avec, du moins dans les pays industrialisés, un pouvoir
d’achat tel que nous sommes en partie libérés des
contraintes fonctionnelles. La nature ayant horreur du
vide, on a donc assisté à une irruption en force, au sein du
couple, des fonctionnalités psychothérapeutiques. D’où
Mireille Dumas. Le résultat ne s’est pas fait attendre. Paris
est actuellement la capitale mondiale du célibat. Une rela-
tion thérapeutique est par nature instable.
Qui par ailleurs dit société libérale avancée dit individua-
lisme forcené. Et qui dit individualisme forcené, dit inca-
pacité à mettre un peu d’eau dans son vin, c’est-à-dire
incapacité à s’inscrire dans un couple qui par définition
n’est rien d’autre qu’un exercice infatigable d’injection
d’eau dans le vin.
Enfin, et c’est le plus important, qui dit «
civilisation
médiatique
» dit non seulement culte de l’apparence,
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